Artisanat d’art et marketing d’expérience : faire des lieux de vie des espaces de rencontre

Auteur.rice :

Lisa Millet

Date de publication :

13/2/2026

Crédits Victorine Durand pour Sèvres - Manufacture et Musée nationaux

Comment réconcilier artisanat d’art et consommation contemporaine à l’heure du numérique et du commerce omnicanal ? Pour Rose Vignat, experte en scénographie artisanale et retail territorial, l’avenir des métiers d’art se joue hors des galeries et des musées, dans les hôtels, les gares, les hôpitaux et les zones commerciales. Une stratégie qui redonne aux objets faits main leur place dans le quotidien et ouvre de nouvelles perspectives économiques et culturelles.

Réenchanter les lieux de vie

« On a mis l’artisanat d’art sous cloche ». Pour Rose Vignat, le constat est clair. Longtemps cantonné aux musées, aux galeries ou à l’atelier, l’objet artisanal a été sacralisé au point d’être isolé. Cette distance a créé une barrière psychologique. Peur de ne pas comprendre. Peur de casser. Peur du prix.

Sortir des circuits traditionnels n’est plus une option. C’est une nécessité économique et culturelle. Dans un monde saturé de virtuel et de standardisation, le public aspire à retrouver de la matière, du beau et de l’âme dans son quotidien. L’artisanat devient alors une réponse tangible à la fatigue numérique.

Les lieux de passage jouent ici un rôle déterminant. Hôtels, hôpitaux, centres commerciaux ou boutiques éphémères peuvent devenir des espaces de transmission. Réintroduire des objets faits main dans ces environnements, c’est leur redonner une légitimité. Non plus exceptionnelle mais quotidienne.

Le lieu idéal selon Rose Vignat est un lieu de frottement. Un hall de gare. Une salle d’attente. Une boutique qui évoque davantage la quincaillerie ou l’épicerie que le concept store intimidant. L’enjeu est simple : ne pas venir consommer de la culture mais être surpris par elle au détour d’un moment ordinaire.

« Sèvres Mobile – La Manufacture à l’hôpital », Crédits Victorine Durand pour Sèvres - Manufacture et Musée nationaux
« Sèvres Mobile – La Manufacture à l’hôpital », Crédits Victorine Durand pour Sèvres - Manufacture et Musée nationaux

Une réponse aux mutations du commerce

Le commerce est devenu omnicanal. Achat en ligne, retrait en magasin, personnalisation, fluidité. Dans cette logique, l’artisanat d’art s’impose comme l’ancrage émotionnel du phygital. Le site informe. L’objet artisanal crée le souvenir.

Cette dynamique dépasse la simple exposition d’art. Elle transforme l’expérience d’achat en récit sensible. Face à la standardisation du retail, ces lieux hybrides répondent à une recherche d’authenticité. Un couteau fait main qui dure toute une vie raconte une autre histoire qu’un produit jetable.

Pour les villes moyennes et les zones commerciales en perte d’identité, l’artisanat constitue un puissant levier d’attractivité. Rose Vignat parle de retail territorial. Une zone commerciale intégrant des ateliers ouverts cesse d’être un espace de transit. Elle devient destination. On ne vient plus pour une marque interchangeable mais pour l’identité incarnée par des mains locales.

Pavillon de Tadao Ando au Château La Coste, Crédits Shigeo Ogawa
Pavillon de Tadao Ando au Château La Coste, Crédits Shigeo Ogawa

Quand l’univers surgit là où on ne l’attend pas

Certains lieux incarnent déjà cette transformation en faisant entrer l’artisanat là où on ne l’attendait pas.

Au Château La Coste l’art l’architecture et la viticulture fusionnent. On vient pour le vin. On découvre un pavillon signé Tadao Ando ou une œuvre monumentale de Louise Bourgeois. L’expérience dépasse l’attente initiale.

À Paris la boutique Hermès de la rue de Sèvres installée dans une ancienne piscine Art Déco fait dialoguer monumentalité architecturale et savoir-faire. Le client pénètre dans un volume où le bois répond à la mosaïque.

Les boutiques Aesop déclinent ce principe à l’échelle internationale. Chaque espace célèbre un matériau local ou un artisan. Acheter un savon devient une expérience spatiale et texturale.

L’exposition « Sèvres Mobile – La Manufacture à l’hôpital » s’est installée dans le hall de Port-Royal à l’hôpital Cochin. La Manufacture nationale de Sèvres a choisi d’investir un lieu de soin pour partager le processus de fabrication de la porcelaine. Patients, soignants et visiteurs découvrent les gestes des artisans à travers une médiation multisensorielle. Rencontres avec les artisans, médiation en chambres et en médiathèque et expositions dans les parties communes et les services créent une proximité rare. Cette exposition incarne une conviction forte que la culture n’est pas un supplément d’âme réservé aux temps libres. Elle peut participer au soin à l’apaisement à la dignité du quotidien.

Ces exemples démontrent que le retail et plus largement les lieux publics peuvent devenir des vecteurs culturels puissants. L’artisanat surgit là où on ne l’attend pas. Et c’est précisément là qu’il touche le plus juste.

Cet article a été réalisé bénévolement pour valoriser l'artisanat d'art français.
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Scénographie, accessibilité et cohérence

Pour qu’un objet artisanal fasse sens dans un lieu inattendu, trois piliers s’imposent.

  1. La scénographie : l’objet doit raconter une histoire et non être posé comme un décor.
  2. L’accessibilité : l’exposition doit pouvoir s'approcher, se comprendre et parfois toucher.
  3. La cohérence : le thème de l’exposition doit résonner avec l’identité du lieu.

Dans le secteur du luxe ou du design, l’hospitalité et le récit sont déjà centraux. Confier la signalétique d’un hôtel de luxe à un graveur sur pierre ou ses luminaires à un souffleur de verre transforme l’expérience client. Le luxe se définit désormais par l’exclusivité du geste plus que par le logo.

Mais pour Rose Vignat, ces codes ne doivent plus être réservés au seul univers du luxe. L’attention portée au geste, à la matière, au beau ne devrait pas être un privilège. Chaque entreprise, chaque lieu, chaque institution peut s’approprier cette exigence sensible. Une école, une mairie, un espace de coworking ou un centre de santé ont tout à gagner à intégrer des savoir-faire artisanaux dans leur identité spatiale.

Respecter les trois piliers que sont la scénographie, l’accessibilité et la cohérence permet justement d’éviter l’écueil de l’inaccessibilité. Lorsque l’objet est mis en scène avec clarté, lorsque l’on peut s’en approcher, comprendre l’outil, saisir le processus, il cesse d’intimider. Il devient partageable.

L’enjeu est démocratique. Il s’agit de faire comprendre à chacun qu’il a le droit de s’intéresser à l’objet, à son histoire, à la main qui l’a façonné. L’artisanat d’art ne doit pas être perçu comme un territoire réservé à une élite culturelle ou économique. Il peut et doit redevenir une expérience commune, inscrite dans la vie ordinaire.

Boutique Aesop à Singapour
Boutique Aesop à Singapour

Construire des ponts

Le défi consiste à accompagner les artisans sans les dénaturer. Il ne s’agit pas de les industrialiser mais de protéger leur singularité tout en les aidant à parler le langage du marché.

Le trio artisan, architecte, scénographe apparaît comme la collaboration la plus féconde. L’artisan incarne la maîtrise du geste et du savoir-faire. L’architecte structure l’espace, lui donne sa cohérence et son souffle. Le scénographe orchestre la rencontre entre matière et usage, entre contrainte technique et expérience sensible.

Les freins persistent. Peur de perdre son âme. Contraintes logistiques. Normes de sécurité. Pourtant les mentalités évoluent. L’artisanat gagne en visibilité quotidienne.

Cette réflexion dépasse la seule exposition d’artisanat d’art. Elle interroge la manière dont on investit les entreprises, les écoles et les aéroports. Rose Vignat rêve d’une pièce de vannerie monumentale dans un aéroport ou d’une broderie géante portée par l’atelier Aozilh ou Pascal Jaouen à Brest.

Fresque de la boutique Hermès rue de Sèvres à Paris dans une ancienne piscine Art Déco Crédits Hermès
Fresque de la boutique Hermès rue de Sèvres à Paris dans une ancienne piscine Art Déco Crédits Hermès

TERR(IT)OIR : réconcilier racines et lieux de vie

Avec TERR(IT)OIR Rose Vignat propose un réseau de plateformes hybrides valorisant l’artisanat régional. Maison Bretagne en est la première déclinaison. Site e-commerce, corners hôteliers, pop-up et à terme boutique physique structurent ce dispositif.

L’objectif est double. Déployer un narratif ambitieux grâce à la scénographie. Créer des lieux de rendez-vous avec des ateliers réguliers.

Dans le sillage de cette première implantation le modèle pourra être décliné région par région. La campagne de financement participatif constitue l’étincelle initiale. Chaque contribution soutient un commerce plus sensible, plus humain et plus ancré.

Au delà des salons et des expositions

Lorsque nous nous intéressons au volume de recherche dans ce domaine, nous réalisons que nombreux sont ceux qui cherchent des réponses pratiques. Quand aura lieu le prochain salon d’artisans d’art ? Quelle est la date des prochaines Journées Européennes des Métiers d’Art ? Où exposer ses œuvres gratuitement ou comment trouver un lieu d’exposition ?

Ces questions traduisent une attente forte de visibilité. Les grandes manifestations comme la Biennale Révélations, le Biennale Emergences ou l'exposition internationale Homo Faber n’ont plus à être les seuls rites de passage pour découvrir les métiers d’art. Salon Rose Vignat il ne s’agit plus seulement d’attendre une exposition d’artisanat ponctuelle. Il s’agit d’intégrer durablement les savoir-faire dans nos lieux de vie.

L’artisanat d’art ne demande pas à être admiré à distance. Il demande à être vécu. En réinvestissant les hôtels, les écoles, les entreprises et les gares, il cesse d’être périphérique. Il redevient central. Faire des lieux de vie des espaces de rencontre n’est pas un effet de mode. C’est une stratégie culturelle économique et sociale. Une manière de redonner au quotidien sa densité et son sens.

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